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Microsoft : la Genèse

Vous vous demandez peut-être comment Microsoft a imposé comme standards des produits aussi mal conçus que Word, Office, Access ou Windows, face à des produits aussi remarquables que ceux d'Apple, Claris, Novell ou Lotus par exemple. En fait Microsoft bénéficia à chaque fois d'une chance énorme. Voici une des plus grandes histoires du monde informatique moderne...

Tout commence en 1981, lorsqu'IBM confie à Microsoft la fourniture d'un système d'exploitation pour son nouvel ordinateur, le PC. Ce dernier ne vaut pas grand-chose comparé à un Apple II, alors initiateur et leader du marché de l'informatique personnelle. Or IBM, alias Big Blue, est tellement conscient des faiblesses de sa machine qu'il ne prend même pas la peine de lui concevoir un OS ou un microprocesseur, comme pour ses autres machines. C'est ainsi que le ridicule logiciel appelé Quick Dirty OS (en français Système d'Exploitation vite et salement fait !), racheté par Microsoft pour une poignée de dollars et renommé MS-DOS, fait de la firme de Bill Gates un géant du logiciel. Car au final, le succès du PC, s'il affaiblit bien Apple, a aussi pour conséquence la formidable montée en puissance de Microsoft, Intel et Compaq au détriment d'IBM.

Plus tard, lorsqu'Apple lance le Macintosh en 1984, Bill Gates est enthousiasmé et fait aussitôt développer des produits par sa société pour la nouvelle plate-forme révolutionnaire. Curieusement, Gates est le seul à croire en l'avenir du Macintosh. Ainsi, Word peut facilement s'imposer, les grands éditeurs d'alors ignorant superbement le Macintosh à ses débuts. Lorsque des produits concurrents, parfois très supérieurs à Word (tels MacWrite Pro, NisusWriter ou WriteNow) arrivent, le produit de Microsoft s'est déjà imposé. Mieux (ou pire ?), le succès de Word sert de tremplin à des programmes comme Office, Excel et PowerPoint.

Un certain Bill...

Bill Gates décide aussi de copier honteusement le système du Macintosh. Le premier essai est tellement mauvais qu'il est un bide retentissant. Le second ne fait guère mieux. Mais la troisième tentative est la bonne. Certes, Windows 3 ne vaut pas vraiment grand-chose comparé à Mac OS, mais les utilisateurs commencent à se lasser de l'antique MS-DOS. Et comme Apple mène à cette époque une politique élitiste, refusant de s'attaquer au DOS et aux PC bon marché, et délaissant les utilisateurs d'Apple II, comme en plus les technocrates de l'informatique voient d'un très mauvais œil cet ordinateur Macintosh facile à utiliser, Windows 3 est un grand succès. Lui au moins est suffisamment complexe pour ne pas menacer le pouvoir des responsables informatiques. Et même si les PC qu'il équipe finissent par coûter plus cher que des Macintosh, les entreprises l'adoptent en masse, ignorant les études comparant les coûts réels d'utilisation et d'entretien.

Seulement, comme Windows 1 et 2 sont des échecs commerciaux, les grands éditeurs d'alors ne croient pas plus au succès de la troisième version de cette greffe du DOS, tablant sur un nouveau rejet. Ainsi, les seuls logiciels disponibles, aux débuts de Windows 3 sont ceux de Microsoft. Et quand la concurrence se décide à réagir, les programmes Microsoft sont entre temps devenus des standards. Apple se concentrant sur les professionnels de la chaîne graphique et les professions libérales, ainsi que, aux États-Unis, aux écoles et aux universités, la voie est libre pour que Microsoft vende des millions de copies de Windows 3. Certes IBM commence alors (enfin ?) à comprendre que les PC, malgré tous leurs défauts, sont des succès et que laisser Microsoft seul à fournir des OS pour cette plate-forme est une erreur. Aussi Big Blue décide de réagir et de sortir OS/2. Mais ce dernier, malgré ses qualités (32 bits et multitâche), arrive trop tard. En outre, Microsoft, au cours de toutes ces années sans concurrence, a largement eu le temps de s'allier avec de très nombreux fabricants de PC, devenus en réalité ses vassaux. Ainsi, OS/2 n'est guère proposé que par IBM, qui ne fait d'ailleurs pas beaucoup d'efforts marketing en sa faveur.

Face à face

En fait, seul Apple, l'inventeur de la micro-informatique et du génial Macintosh, peut troubler l'hégémonie de Microsoft sur le marché des systèmes d'exploitation. En effet, Windows 3 est vraiment limité et des utilisateurs commencent à s'en plaindre. Ils ne sont d'ailleurs pas les seuls. Des fabricants de PC, et non des moindres, commencent à réfléchir eux aussi à une alternative à Windows. Ainsi, Compaq et Novell contactent Apple. Las, le premier se fait éconduire. Quant au second, il coopère assez étroitement avec Apple sur un plan technique et Mac OS est adapté pour processeurs Intel. Mais le projet n'aboutira jamais. En effet, Apple développe parallèlement ses Power Macintosh et finalement décide d'y consacrer ses efforts marketing, Microsoft peut continuer à régner en maître souvent tyrannique sur le marché des systèmes d'exploitation. Et pourtant, gageons que Windows 95 aurait certainement souffert du lancement un an auparavant de Mac OS pour Intel, système 32 bits lui aussi, mais autrement mieux conçu et beaucoup plus fiable.

On sait aussi maintenant que de nombreux logiciels d'applications concurrents de ceux de Microsoft ont eu à subir le chantage "Si un fabriquant de PC fournit trop de logiciels non Microsoft, il perd sa licence pour l'OS Windows, donc meurt". Une fois Microsoft devenu le fournisseur exclusif des systèmes d'exploitation pour PC, les constructeurs de ces machines subissent eux-aussi les pressions de la firme de Bill Gates, qui ne se gêne alors plus pour imposer aux fabricants de livrer leurs machines avec des logiciels Microsoft et pour leur interdire de fournir des produits de la concurrence. Profitant de sa puissance et de sa position dominante sur le marché bureautique, menaçant de tuer QuickTime pour PC, Microsoft réussit même à évincer Netscape sur Macintosh, en obligeant Apple à fournir Internet Explorer en standard. La concurrence paie très cher le fait de ne pas s'être opposée avec conviction à Microsoft, avant que la firme de Bill Gates ne devienne assez riche et forte pour abuser de sa puissance.

Conclusion

Microsoft prétend que ses produits sont des standards, car ils seraient les meilleurs. En fait, il n'en est rien. L'éditeur de Redmond a simplement toujours su se placer du bon côté au bon moment, en profitant des absences de la concurrence. Il est alors intéressant de noter que la firme de Bill Gates, après des années de "guerre", vient de se rapprocher d'Apple et développe à nouveau en priorité ses produits bureautiques pour Mac OS. Le Macintosh est bien vivant, quoi qu'en disent certains, et Bill Gates sait que les applications pour Mac OS constituent toujours une bonne source de profit. En outre, à l'égard de la concurrence, Microsoft use de pratiques d'intimidation digne d'un parrain de la mafia, même à l'encontre des fabricants de PC, pourtant ses alliés. Ainsi, toute entreprise qui menacerait la suprématie de ses produits en innovant, est victime des abus que Microsoft tire d'une position dominante acquise surtout par la chance. De nombreuses petites sociétés sont aussi rachetées pour les empêcher de grandir. L'ogre de Redmond semble ne tolérer la concurrence qu'à 5 % de parts de marché...

Depuis quelques années l'opulente société de Redmond doit néanmoins faire face à des procès en cascade écornant petit à petit son patrimoine financier, laissant à chaque fois de rondelettes sommes sur la table des négociations : 750 millions de $ pour AOL en juin 2003, 775 millions de $ (plus 75 millions en avoir sur les produits Microsoft) pour IBM le 1er juillet 2005 et 497,2 millions de $ en suspens pour la Commission Européenne depuis le 30 mai 2005. Cette dernière décision peut à terme être lourde de conséquence, Microsoft ayant accepté, en sus de l'amende, à ne pas imposer le lecteur multimédia Media Player en proposant une version de Windows XP expurgée de celui-ci. De plus, Microsoft est tenu de divulguer certaines informations techniques permettant aux sociétés concurrentes une interopérabilité de leurs logiciels avec cet OS. Microsoft reste un géant dans l'univers informatique mais les attaques auxquelles il doit faire face ces dernières années deviennent de plus en plus sévères et préfigurent d'autres combats tout aussi rudes sur le plan judiciaire.

Le site officiel de Microsoft France https://www.microsoft.com/fr-fr/

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